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Courir après 60 ans : ce qui change dans le corps et comment t’entraîner au mieux

Peut-être cours-tu depuis des décennies et remarques-tu que l’allure qui était autrefois facile te coûte aujourd’hui nettement plus d’efforts. Ou peut-être laces-tu tes chaussures de course pour la toute première fois et te demandes-tu si commencer à 60 ans a encore un sens. Ces deux situations de départ sont bien étudiées : ce qui change dans le corps à partir de 60 ans, à quel point cela influence ton entraînement et ce que tu devrais déjà savoir dès 45 ans, un coup d’œil à la recherche te le montre.
 

Qu’est-ce qui caractérise le corps à partir de 60 ans – comparé aux catégories Masters plus jeunes ?

 
En athlétisme, les catégories d’âge à partir de 30 ans s’appellent officiellement « Masters », échelonnées par tranches de cinq ans de M30/W30 jusqu’à M60/W60, M65/W65 et au-delà. Ce découpage n’est pas arbitraire : la recherche montre que le corps change progressivement au cours de ces décennies et, à partir de 60 ans, un processus qui commence en réalité bien plus tôt devient perceptible.
 

VO₂max

 
Le paramètre le mieux étudié est la consommation maximale d’oxygène (VO₂max), une mesure centrale de la capacité d’endurance. Chez les personnes non entraînées, elle diminue d’environ 10 % par décennie à partir de 25 à 30 ans, et même un peu plus fortement après 60 à 70 ans. Mais qui s’entraîne régulièrement et conserve en grande partie son volume peut nettement freiner ce déclin : une étude longitudinale très remarquée sur des coureuses et coureurs Masters a enregistré, avec un entraînement poursuivi de façon constante, une perte de seulement 5,5 % par décennie, contre 12 % chez les personnes de comparaison inactives. Une revue plus récente confirme cet ordre de grandeur chez les hommes : qui maintient son volume d’entraînement se situe entre moins 5 et moins 6,5 % par décennie, qui le réduit fortement peut perdre jusqu’à 26 % ou plus. Le volume d’entraînement est donc le levier décisif : il agit davantage sur le déclin que l’âge lui-même. Chez les femmes, les données à ce sujet sont plus rares, et le lien entre volume d’entraînement et déclin de la VO₂max ressort moins clairement dans les études disponibles.
 

Musculature

 
Parallèlement, la musculature évolue. La perte de masse et de force musculaires liée à l’âge, appelée « sarcopénie » en médecine, commence selon la recherche actuelle dès 40 ans environ et progresse d’abord insidieusement, avant d’avoir tendance à s’accélérer avec les années. Un point intéressant : une étude comparant des femmes actives et inactives de moins et de plus de 50 ans a montré que les coureuses étaient plus fortes que les femmes inactives dans les deux tranches d’âge. Mais la perte de force du groupe le plus jeune au plus âgé s’est révélée tout aussi marquée chez les coureuses que chez les inactives. Courir élève donc le niveau de force, mais ne freine guère le déclin lié à l’âge lui-même, comme on le verra plus loin.
 

Capacité de récupération

 
Troisièmement, la capacité de récupération évolue. Après une charge intense ou inhabituelle, la musculature vieillissante a besoin, c’est prouvé, de plus de temps pour récupérer. Une revue récente décrit la récupération à un âge avancé comme « retardée, prolongée et moins efficace », en raison de processus inflammatoires chroniques de bas grade, d’une structure du tissu conjonctif plus rigide et d’une activité réduite des cellules réparatrices propres au muscle. Ce sont précisément ces trois axes (capacité d’endurance, force musculaire, récupération) qui font la différence dans l’entraînement à partir de 60 ans, que tu débutes ou que tu coures déjà depuis longtemps.
 

 

Quelles conséquences cela a-t-il sur ton entraînement de course ?

 
Comme l’entraînement d’endurance seul ne préserve guère la masse musculaire, l’entraînement de force passe désormais du supplément à la nécessité : les données scientifiques établissant qu’un entraînement de force ciblé préserve efficacement la force et la qualité musculaires avec l’âge sont sans équivoque. Les tendons aussi méritent plus d’attention qu’auparavant. Le risque de rupture du tendon d’Achille présente dans les études deux pics de fréquence aux causes différentes : l’un chez les 30-40 ans très actifs sportivement, le plus souvent dû à une charge soudaine et intense, et un second, lié à l’âge, chez les 60-80 ans, lorsque le tendon perd de son élasticité et se rompt déjà sous une charge moindre. La tendinopathie du tendon d’Achille, c’est-à-dire l’irritation du tendon, a elle aussi tendance à augmenter avec l’âge. Cela ne veut pas dire que tu devrais courir moins, mais les augmentations d’allure et les nouvelles formes de charge comme les séances en côte ou les sprints méritent un dosage plus conscient.
 
À cela s’ajoute que, là où deux séances intenses par semaine étaient facilement supportables à 30 ans, la même charge à 60 ans et plus exige souvent davantage de temps de récupération entre les deux, car les processus de réparation du corps durent plus longtemps. Qui prévoit cela, au lieu de lutter contre, s’entraîne finalement avec plus de constance.
 

Quelles conséquences cela a-t-il sur ta performance de course ?

 
On peut aussi le constater dans les données de la communauté running.COACH : les changements physiologiques décrits se reflètent de façon mesurable dans les temps de course. Notre propre analyse des temps de marathon de la communauté montre, lors du passage de la catégorie d’âge 55 à 60, un recul de performance nettement plus important (–7 %) que dans les catégories plus jeunes précédentes (max. –4 %), un « décrochage » qui, chez les hommes, devient encore plus marqué dans nos données à partir de 70 ans environ. Tu trouveras plus de détails dans notre analyse de données sur l’influence de l’âge sur les performances en marathon.
 
Point important : ce recul n’est pas une raison de se décourager, mais une réalité physiologique prévisible que l’on peut nettement amortir avec un bon entraînement. Qui conserve son volume d’entraînement et y ajoute de la musculation se situe clairement dans la partie la plus favorable des fourchettes citées ci-dessus. Les différences entre « bien entraîné » et « entraînement fortement réduit » sont ici plus grandes que les différences entre les décennies.
 

Et si tu te mets à la course à 60 ans ?

 
Une grande partie de tout cela ressemble d’abord à la perspective de coureuses et coureurs de longue date, mais vaut tout autant si tu ne débutes qu’à 60 ans. La recherche est ici sans équivoque : il n’est jamais trop tard. Une grande étude américaine portant sur plus de 315 000 personnes a montré que tous ceux qui ne se sont mis à bouger régulièrement que dans la quarantaine, la cinquantaine ou la soixantaine avaient un risque de mortalité inférieur d’environ 35 % à celui des personnes durablement inactives, soit presque le même avantage que chez les personnes actives toute leur vie.
 
Sur le plan sportif aussi, les débutantes et débutants rattrapent étonnamment leur retard. Une étude comparative sur 150 coureuses et coureurs Masters (âge moyen 68 ans) a distingué les « partants précoces », qui s’étaient entraînés toute leur vie adulte, des « partants tardifs », qui n’ont commencé la course de compétition qu’après 50 ans. Résultat : intensité d’entraînement, performance normalisée selon l’âge, taux de masse grasse et masse musculaire des jambes ne différaient pratiquement pas entre les deux groupes, malgré les 30 ans d’avance d’entraînement des partants précoces. Pour la densité osseuse de la colonne vertébrale, le tableau s’est révélé plus nuancé : les partants tardifs avaient une densité osseuse vertébrale significativement plus basse que les personnes témoins non entraînées, tandis que les partants précoces ne se distinguaient ni des partants tardifs ni du groupe témoin. C’est une indication que la musculation complémentaire vaut particulièrement la peine lorsqu’on débute.
 
Pour le démarrage lui-même, une chose compte avant tout : lentement et par étapes. Au début, alterne marche et course, afin que tendons, ligaments et articulations puissent s’habituer pas à pas à la nouvelle charge, et prévois au début deux à trois séances de 20 à 30 minutes par semaine, il n’en faut pas plus au commencement. Comme les personnes jusqu’ici inactives peuvent présenter un risque cardiovasculaire plus élevé et souvent non détecté, un bilan de médecine du sport avant de commencer vaut en outre particulièrement la peine (plus de détails dans la section ci-dessous). Tu trouveras un autotest ainsi que d’autres conseils pour débuter dans notre article Ce que beaucoup de débutant·e·s en course sous-estiment.
 

À quoi devrais-tu particulièrement faire attention à l’entraînement ?

 
De la recherche, on peut tirer trois leviers concrets, qui se combinent bien au quotidien et valent autant pour les coureuses et coureurs débutants que confirmés. Le plus important est un entraînement de force fermement planifié, deux fois par semaine : un programme construit de manière modérée à progressive, combiné à un apport suffisant en protéines, réduit de façon prouvée la perte musculaire liée à l’âge. Presse à cuisses, squats, fentes et exercices de gainage suffisent pour commencer, deux à trois fois 20 à 30 minutes par semaine (des propositions d’exercices adaptées sont disponibles chez running.COACH pour chaque entraînement).
 
Directement liée à cela : l’alimentation. Avec l’âge, le corps utilise les protéines de manière moins efficace (les spécialistes parlent de « résistance anabolique ») et en a donc besoin de davantage pour préserver la masse musculaire. Les sociétés savantes recommandent pour les adultes plus âgés de 1,0 à 1,3 gramme de protéines par kilogramme de poids corporel et par jour, combiné à un entraînement de force régulier, nettement plus que la recommandation générale de 0,8 g/kg pour les adultes plus jeunes. Le plus efficace est de répartir les protéines sur plusieurs repas, plutôt que de les concentrer sur un seul.
 
Le troisième levier concerne le pilotage de l’entraînement lui-même : non pas s’entraîner moins, mais de façon plus ciblée. Une à deux séances plus intenses par semaine avec suffisamment de récupération entre les deux, complétées par des footings tranquilles, préservent mieux la capacité de performance qu’un entraînement continu d’intensité moyenne réparti uniformément. De nouveaux stimuli comme une première séance en côte ou des allures plus rapides, il vaut la peine de les augmenter plus lentement qu’avant, afin que les tendons puissent suivre.
 

Qu’est-ce qui est encore important pour cette tranche d’âge ?

 
Outre l’entraînement et l’alimentation, deux autres regards sur la santé valent la peine. D’une part la prévention cardiovasculaire : même les athlètes Masters bien entraînés ne sont pas automatiquement protégés des maladies coronariennes. Une étude portant sur près de 800 sportives et sportifs Masters d’un âge moyen de 55 ans a trouvé chez 11,4 % une maladie cardiovasculaire jusque-là inconnue, dans la très grande majorité des cas sans symptômes préalables. Les sociétés savantes recommandent donc, à partir de 40 à 55 ans environ, selon le sexe et les facteurs de risque, d’envisager un bilan de médecine du sport incluant un ECG d’effort, en particulier avant une augmentation de l’intensité d’entraînement ou lors d’une reprise après une longue inactivité.
 
D’autre part la densité osseuse : le lien entre course et santé osseuse est plus complexe qu’on ne le suppose souvent et dépend fortement du schéma d’entraînement. Chez les adultes plus âgés, l’activité physique régulière améliore de façon prouvée la densité minérale osseuse, en particulier au niveau de la colonne lombaire. Comme la perte osseuse s’accélère chez les femmes après la ménopause, les coureuses de plus de 60 ans profitent en outre particulièrement de la musculation complémentaire.
 
La bonne nouvelle pour finir : rien de tout cela ne s’oppose à un entraînement de course ambitieux à partir de 60 ans, qu’il soit récent ou cultivé depuis des décennies. Les données scientifiques montrent systématiquement que ce sont les coureuses et coureurs actifs qui freinent le plus efficacement le déclin lié à l’âge, indépendamment du moment où ils ont commencé.
 

Comment peux-tu t’y préparer pour être bien armé à 60 ans ?

 
La bonne nouvelle de la section ci-dessus : qui ne débute qu’à 60 ans rattrape étonnamment son retard. Il vaut malgré tout la peine de se préparer de façon ciblée dès les décennies précédentes, car quelques fenêtres biologiques ne se rattrapent guère plus tard.
 
Le plus important est la densité osseuse. Le corps construit sa masse osseuse maximale jusqu’à environ 30 ans ; ensuite, on peut surtout la conserver, mais difficilement encore l’augmenter. Qui, dans la vingtaine et la trentaine, court régulièrement et veille à un apport suffisant en calcium et en vitamine D se constitue ainsi une valeur de départ plus élevée, à partir de laquelle démarre la perte osseuse ultérieure liée à l’âge. Cela paie particulièrement chez les femmes après la ménopause.
 
Pour la musculature aussi, un début précoce vaut la peine, quoique pour une autre raison que pour les os : contrairement à la densité osseuse, la masse musculaire peut se construire par la musculation à tout âge, encore à 50 ou 60 ans. Mais qui a déjà établi un entraînement de force fixe avant 40 ans, quand la sarcopénie s’installe, aborde ce processus avec une routine bien rodée et une masse musculaire déjà constituée, au lieu de devoir seulement réagir quand la perte est déjà perceptible.
 
Mais le plus grand levier n’est pas une mesure isolée, c’est la continuité. Un entraînement régulier, poursuivi sur des décennies, freine le déclin de performance bien plus efficacement qu’un entraînement sans cesse interrompu ou pratiqué seulement par poussées intenses. Qui prend tôt l’habitude de tenir bon, au lieu de s’entraîner par à-coups, a ainsi à long terme les meilleures cartes en main, indépendamment de son âge actuel.
 

Conclusion

 
À partir de 60 ans, le corps change de façon plus perceptible, mais pas soudainement : capacité d’endurance, masse musculaire et récupération suivent une évolution qui commence déjà à 40 ans. Ce qui est déterminant, ce n’est pas l’âge ni depuis combien de temps tu cours, mais la façon dont tu t’entraînes : qui conserve son volume ou l’augmente lentement, travaille sa force de manière ciblée, mange assez de protéines, accorde un peu plus de temps à ses tendons et se soumet à un bilan de médecine du sport peut nettement amortir le déclin de performance et courir longtemps sans douleur, que tu débutes ou que tu coures depuis de nombreuses années.
 
Sources :
1. Pollock ML et al., J Appl Physiol 1990: Decline in VO2max with aging in master athletes and sedentary men.
2. Revue, Int J Environ Res Public Health 2022: The Impact of Training on the Loss of Cardiorespiratory Fitness in Aging Masters Endurance Athletes.
3. Geriatrics 2024: Running Plus Strength Training Positively Affects Muscle Strength and Quality in Younger and Older Women.
4. Cells 2024: Age-Associated Differences in Recovery from Exercise-Induced Muscle Damage.
5. Cells 2022: Strength training in elderly: An useful tool against sarcopenia.
6. PMC 2024: Recent developments in Achilles tendon risk-analyzing rupture factors.
7. ScienceDirect 2022: Prevalence of Achilles tendinopathy in physical exercise: A systematic review and meta-analysis.
8. JAMA Network Open 2019: Association of Leisure-Time Physical Activity Across the Adult Life Course With All-Cause and Cause-Specific Mortality.
9. Frontiers in Physiology 2019: Comparison of Muscle Function, Bone Mineral Density and Body Composition of Early Starting and Later Starting Older Masters Athletes.
10. Journals of Gerontology: Series A 2023: Nutritional Interventions: Dietary Protein Needs and Influences on Skeletal Muscle of Older Adults.
11. Nutrients 2015: Protein Requirements and Recommendations for Older People: A Review.
12. PMC 2020: Inadequacy of Protein Intake in Older UK Adults.
13. Application of pre-participation cardiovascular screening guidelines to novice older runners and endurance athletes.
14. Circulation 2007: Recommendations and Considerations Related to Preparticipation Screening for Cardiovascular Abnormalities in Competitive Athletes.
15. Osteoporosis International 2025: Factors associated with bone health in long distance runners.
16. PMC 2020: Evidence on physical activity and osteoporosis prevention for people aged 65+ years.
17. International Osteoporosis Foundation: Exercise depending on age.

Une réponse sur « Courir après 60 ans : ce qui change dans le corps et comment t’entraîner au mieux »

En tant que coureur et cardiologue :
– il est aussi fondamental d’éviter les toxiques (y compris la bière…). Je viens de finir un trail, accueilli par la fumée de certains ‘finishers’ et le traditionnel stand de bières locales !!!
– deux éléments indépendants à prendre en compte à côté de l’entraînement : l’activité physique quotidienne (marche, montée des escaliers…) et réduire au maximum les périodes de sédentarité. Ces deux éléments ont un impact statistiquement indépendants entre eux et de la VO2max sur la mortalité, si ce n’est sur la performance.

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